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Chantier avant / après

Constituer une équipe de travailleurs au Cambodge est particulièrement facile. Vous semez la graine auprès d’un ou deux voisins. « Connaissez-vous des entreprises de travaux dans le coin ? » et dans l’heure qui suit, vous apercevez quelques jeunes garçons qui approchent, le nez-en-l’air-de-rien, reniflant le parfum du futur chantier des barangs (ces français qu’on redoute, admire, honore et méprise tout à la fois), tournant autour de vous sans jamais vous regarder dans les yeux. Peu à peu la communication s’établit enfin. Le chef de la troupe, enfin celui qui parle un peu anglais, vous aborde avec un grand respect et vous demande vos besoins.

« Voilà, j’aimerais inverser ces deux pièces. L’actuelle cuisine deviendrait une chambre avec sanitaires et cette grande pièce indéfinie serait la future cuisine-salle à manger. La salle de douche qui y est attenante muterait en une buanderie »

Pas de plan, pas de croquis, pas de blablas inutiles. On fait de grands gestes, de grandes enjambées d’un endroit à l’autre, on désigne du doigt et on espère être compris. « Oui, oui. Yes, very yes ! C’est possible. No problem. »

D’accord. Combien ?

C’est maintenant qu’il faut dessiner, mesurer, flécher sur un vieux bout de papier qui traînait.

ancienne cuisine

« Ok, je vous dis ça très vite. Je vais faire le calcul pour vous et je reviens. »

Les jours suivants, vous les voyez revenir, sans crier gare, sans faire sonner le gong du portail. Normal, ils sont chez eux. Pendant que les 3 ou 4 spécialistes du bâtiment essaient le hamac, fument une cigarette ou admire le jardin, le meneur de la bande vous parle de beaucoup de choses, du temps qu’il fait, des touristes qui passent, du coût des terrains environnants, mais pas du devis en attente. « tu as chiffré les travaux ? » « Non, pas encore, j’y travaille »

Et un jour, le patron vient tout seul, à moto. Il vous annonce son prix. Silence. Vous le regardez dans les yeux. Vous le lui faîtes répéter. Il n’a pas bien compris ? Il a oublié des phases de travaux ? On récapitule. On fait le tour des détails. Mais non, il répète la somme qui vous paraît si minime, le tarif qui vous semble si modeste. Il ne s’agit bien sûr que de la main-d’œuvre, mais quand même !Tout le matériel sera à acheter à part.

Top là. Ok. On fait l’affaire. On se doute bien qu’il saura récupérer ses billes d’une façon ou d’une autre, mais on joue le jeu.

A l’aube suivante, vous entendez les motos arriver, équipées de perceuse, escabeau, pinceaux et autres menus outils. Sans mot dire, même pas bonjour, le chantier démarre. A grands bruits de démolition, forages et coups de marteau, la poussière témoigne de l’avancée des travaux. Si vous choisissez de les laissez faire, n’oubliez pas de contrôler régulièrement. Devant vos regards, ils s’appliqueront, vous donneront satisfaction, se motiveront. Mais ne restez pas trop longtemps dans leurs jambes, sous peine de moqueries et d’échanges incompréhensibles cachés derrière des sourires complices. Le travailleur cambodgien a besoin d’encouragements mais également de liberté de mouvements !

Quand ils repartent à la tombée du jour, certes l’escabeau est repoussé contre le mur et les outils rangés dans leur boîte mais la poussière de ciment reste étalée sur le carrelage cachant des morceaux de papiers de verre et les parpaings montés sont jonchés de T-shirts-chiffons ou de paquets de cigarettes écrasés. Inutile de leur faire la remarque. Il vous sera retourné un large sourire condescendant : « Pas de problème, Pas la peine de nettoyer ! Demain on va tout resalir ! » Si vous voulez maintenir un chantier propre, il vous faudra montrer l’exemple. Dès leurs dos tournés, prenez vous-même le balai, entassez les résidus et portez les devant la maison sur le tas d’ordures destiné à être brûlé. Passés deux jours de ce manège, les jeunes bâtisseurs prendront d’eux-mêmes le manche. Satisfaction d’un chantier rangé chaque matin ? Scrupule de faire travailler son employeur ? Respect de l’enseignement muet ? Vous ne saurez pas exactement, mais vous remarquerez que la jeunesse locale est avide de nouvelles initiations à condition qu’on ne les lui impose pas.

Et tous les matins suivants, exactement à la même heure, ils reviennent le sourire sérieux accroché aux yeux. Ils sifflent ou chantonnent, bavardent ou crient, font une pause déjeuner ou boivent une bière, rigolent, fument, jettent les papiers et plastiques dans l’herbe, crachent et rotent mais ils travaillent. Vite et bien. Ici, pas besoin de remplir mille formulaires de demandes d’autorisation, pas d’attente de feu vert de l’administration. Si vous avez l’argent, vous êtes servis.

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Chantier

La plupart du temps quand le chef des travaux vous dit qu’il faudrait 3 sacs de ciment, un pot de peinture ou de l’enduit, vous lui donnez l’argent, il fait un aller-retour à moto et vous donne la facture. Mais il arrive parfois que vous l’accompagnez pour choisir le modèle de l’évier, la couleur du plan de travail ou le nombre de suspensions à accrocher au plafond. Dès la deuxième semaine de travaux, vous voyez le changement. La pièce émerge. Vos inquiétudes s’estompent. Au bout de la troisième, l’équipe entame les finitions. A vous la décoration.

CHANTIER DE NUIT

Quelle satisfaction de surprendre les ouvriers se photographier devant la splendide cuisine brillante ! Les sourires qu’ils échangent désormais avec vous sont devenus sincères. Vous avez travaillé main dans la main, vous avez partagé leur riz et votre apéro, vous avez pouffé ensemble sur quelques maladresses et quand vous leur avez demandé leur avis sur tel ou tel aménagement, leur fierté à peine dissimulée vous a attendrie.

Vous avez compris que vous êtes désormais attachés à ces garçons qui resteront dévoués pour d’autres travaux dont vous pourriez avoir besoin. Vous voulez clôturer le terrain ? Le dallage de la terrasse doit être refait ? On peut repeindre le puits ? Incontestablement, sans travail, ces tout jeunes pères ne pourront nourrir leurs petites familles. Alors la continuité de cette association sera un peu votre bonne action. Mais surtout, l’entreprise partagée assurera la fondation solide de nouvelles relations

CIMENT EN STOCK
CUISINE FINIE

QUELQUES PHOTOS

CHAMBRE Avant / Après

Chambre avant après
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SALLE D'EAU Avant / Après

Chambre cloison SDB
Salle de bain nouvelle chambre

CUISINE Avant / Pendant / Après

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Cuisine en avancement

CHANTIER

Cuisine pendant travaux

L'EQUIPE

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EQUIPE DE NUIT
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...Et transmettre le chant des bambous dans le vent des voyages...

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